
We must not imagine that it is with impunity that we transgress the law and the natural order in the handling of superfluities and that the harm we do by this to others does not even fall on its author, because the principle established at the beginning of this chapter is this: it is indisputable that to contribute to a decrease the wealth of others is to impoverish oneself. (145) We sense the truth of this through an infinite number of events that we see everyday. Is it not true that those who hoard grain and other vital commodities and thus cause scarcity and famine are the execration of the human race, and that they deprive themselves of the most noble part of their wealth, which is the mutual help of others, and that the disproportionate quantity of conveniences and superfluities that they remove or steal from others, after having constituted them in an extreme necessity to suffer such laws that they wanted to impose on them,[^1] carries in itself the curse that providence has attached to ill-gotten goods? If a calamity happens to these people, everyone will abandon them. (146) They believed that their superfluities would protect them against all unfortunate events, but when the misfortunes come, they see how much they were mistaken, having neglected what is necessary, that is, the assistance and personal help of men, which is the best and only guarantee against destitution.
The same thing happens to misers who never pass on their superfluous money to others. They are regarded as lowly animals are good for nothing until they die. In unfortunate circumstances, which they believed to have a sure guarantee against because of their money, they find that it is exactly the opposite. Everyone, so to speak, abandons them and does not let himself be bound by their (147) promises, not believing them sincere. This is the just repercussion that redounds upon them because of their mistrust of everyone, which they allowed to seduce them into not passing on their money to others from their fear that people would not keep their word to them and that they would lose the sums they lent.
There is one more thing to observe with regard to the handling of superfluities, which is not to convey them to those who use them in a way that is harmful to public opulence, and consequently, to their own and even to ours. This follows necessarily from the principle I have just established. But this is also what our minds and our wisdom must work at the most in order to unfold the plans (148) of others, who often disguise them. The surest way is to always have in view the true necessities and conveniences of others, to contribute to them in good faith by passing on our superfluities, and to let ourselves be deceived rather than to deceive others.
French Text
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L'on ne doit pas s'imaginer que c'est impunément quand on transgresse la loy & l'ordre naturel dans l'administration du superflu, & que le mal que l'on fait par là aux autres, ne retombe pas même sur son auteur. Le principe établi au commencement de ce chapitre, étant incontestable que de concourir à la diminution des richesses des autres, c'est se rendre plus pauvre soi-même.(145) On en sent la verité par une infinité d'événemens qui se présentent tous les jours à nos yeux. N'est-il pas vrai que ceux qui resserrent le bled & les autres denrées nécessaires à la vie, & causent par là la disette & la famine, sont l'execration du genre humain, & qu'ils se privent de la plus noble partie de leurs richesses, qui est le secours mutuel des autres; & que la quantité disproportionnée de commode & superflu qu'ils ôtent ou volent aux autres, après les avoir constituez dans une extrême necessité de subir telles loix qu'ils vouloient leur imposer, porte avec soi la malediction que la providence a attachée aux biens mal acquis? qu'il arrive un malheur à ces gens-là, ils seront abandonnez de tout le (146) monde. Ils avoient cru que leur superflu les mettroit en état d'être garantis contre tous les événemens facheux; mais quand les malheurs arrivent ils voyent combien ils se sont trompez, ayant négligé le nécessaire, c'est à-dire le ministere & le secours personnel des hommes, qui est le meilleur & unique garand contre la misere.
La même chose arrive aux avares qui ne communiquent jamais aux autres leur superflu en argent. On les regarde comme les vils animaux qui ne sont bons à rien qu'après leur mort. Dans des conjonctures facheuses contre lesquelles ils ont cru avoir un garand sûr par leur argent, ils trouvent que c'est justement le contraire. Tout le monde, pour ainsi dire, les abandonne & ne se laisse engager par leurs (147) promesses ne les croyant pas sinceres. C'est le juste contrecoup qui retombe sur eux par leur méfiance envers tout le monde dont ils se sont laissez seduire à ne pas communiquer leur argent aux autres par l'apprehension qu'ils ont qu'on ne leur manque de parole, & qu'ils ne perdent les sommes qu'ils auroient prestées.
Il y a encore une chose à observer, par rapport à l'administration du superflu, qui est de ne le point communiquer à ceux qui en font un usage contraire à l'opulence publique, & par consequent à la leur & à la nôtre même. C'est une suite nécessaire du principe que je viens d'établir. Mais c'est aussi en quoi notre esprit & notre prudence doivent travailler le plus pour developper les desseins (148) des autres, qui les déguisent souvent; & pour ne nous pastromper dans notre jugement, le plus seur est d'avoir toujours en vûe le vrai nécessaire & commode des autres, d'y concourir de bonne foi, par la communication de notre superflu, & de nous laisser plûtôt tromper que de tromper les autres.
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