
We understand from this what the superfluities are to which we aspire with so much avidity, or what the true idea of them must be. They are goods that by themselves are useless to us, because they do not have a connection to our necessities nor our conveniences, but they become so as soon as and in the proportion that we convey them to others. For example, anyone who cultivates the land does not only want the quantity of food he needs to live and to be (138) comfortable, he also wants it to produce beyond what he needs for this result. This quantity that surpasses his necessities and his conveniences makes up his superfluities, which he carefully saves to provide him the means of satisfying his desires at another time. The person who accumulates money does not end with an amount that he judges proportionate to his necessities and his present conveniences, instead he wants to go beyond and without limits to an excessive and superfluous sum; and so on with all the different kinds of goods that make up the wealth of men, who are equally inclined to have superfluities. Because these superfluities are not being used at present, we want to use them at another time, and we commonly consider them a reliable and certain refuge (139) against all the disastrous accidents that can happen to our necessities and conveniences. But since our superfluities must often be either a necessity or a convenience for others, the natural order and the universal law that must determine our will with regard to the use of wealth show us that we are not the absolute masters of our superfluities, nor of the favorable events that we promise ourselves from saving them.
That which is superfluous to us does not lose the quality of its original purpose. All commodities, for example, that are suitable for feeding and preserving the life of others, although superfluous to us, can never be removed from this purpose given by the Creator (140) and be used in foreign ways or completely destroyed. The natural order and our own interest want us to convey them to the contributors[^1] to our wealth. It is not in our power to save them as long as we please, and as soon as this saving harms the health and the life of others, it is pernicious, not only to the public opulence of society, but also to our own in particular, for the reasons previously noted. When we save our superfluities, we must pay particular attention to the wealth of others on whom ours depends and see to it that our superfluities never change their nature with regard to them, and that they are traded for theirs at the right time. (141)
French Text
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Nous comrenons par-là ce que c'est que le superflu auquel nous aspirons avec tant d'avidité, ou quelle en doit être la veritable idée. C'est un bien qui par lui-même ne nous est bon à rien, n'ayant point de rapport ni à notre nécessaire, ni à notre commode; mais qui le devient aussitôt & à proportion que nous le communiquons aux autres. Par exemple celui qui cultive la terre ne cherche pas seulement une quantité de denrées qu'il lui faut pour vivre & pour être (138) commodement, mais il veut qu'elle lui produise au-delà de ce qu'il lui faut pour cet effet. Cette quantité qui surpasse son nécessaire & son commode, forme son superflu qu'il garde soigneusement pour lui fournir dans un autre tems de quoi satisfaire ses desirs. Celui qui amasse de l'argent ne finit pas par une somme qu'il juge proportionnée à son nécessaire & à son commode present, mais il veut aller au-delà & sans bornes à une somme excedente & superflue, ainsi dans toutes les differentes especes de biens qui entrent dans les richesses des hommes, également portez à avoir du superflu. Ce superflu n'étant point d'un usage présent, on le veut employer dans un autre tems, & on le regarde communement pour un asile (139) seur & certain contre tous les accidens funestes qui peuvent arriver à notre nécessaire & à notre commode. Mais comme notre superflu doit souvent former ou le nécessaire ou le commode des autres, l'ordre de la nature & la loy universelle qui doit regler notre volonté à l'égard de l'usage des richesses, nous montre que nous ne sommes pas les maîtres absolus de notre superflu, ni des évenemens favorables que nous nous promettons de sa garde.
Ce qui est superflu par rapport à nous, ne perd pas la qualité de sa destination primitive. Toutes les denrées, par exemple, propres à nourrir & à conserver la vie aux autres, quoique superflues à notre égard, ne peuvent jamais être soustraites à cette destination du Créateur (140) & employées à des usages étrangers ou anéanties tout à-fait l'ordre de la nature, & notre propre interest veulent que nous les communiquions aux concourans à notre richesse, qu'il n'est pas de notre pouvoir de les garder tant qu'il nous plaît, & que cette garde aussitôt qu'elle va au détriment de la santé & de la vie des autres est pernicieuse, non seulement à l'opulence publique de la societé, mais aussi à la nôtre en particulier par les raisons remarquées dans les articles précedents. Dans cette garde de notre superflu, nous devons conserver une attention particuliere à la richesse des autres dont la nôtre dépend, & faire ensorte que notre superflu ne change jamais de nature à leur égard & qu'il soit troqué à propos avec le leur. (141)
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