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Chapter One Part One 134-138

A man who has a fixed annual income and who claims to limit himself to it wants to persuade everyone that he does not seek more wealth and also deceives himself because he wants the same thing as the country gentleman, although in reverse. He complains when commodities are expensive and he can’t have them for nothing; his only desire is for the value of his annual income to increase every year, that is, to be able to buy more every year with this fixed sum of money that he receives, (134) and for the price of other commodities to decrease proportionally forever. Here are two different people who claim to be limited and who nevertheless want to extend these so-called limits to infinity. They both want to increase the number of contributors[^1] to their wealth without moderation. The gentleman wants the number of those who want his wine, grain, and fodder to increase so that he can lay down the law to them as he pleases and ask them for superfluities in exchange, without limits and without moderation. The annuitant wants there to be an infinite number of people who seek money from him so that, with his annual income, he is able to buy as many of their commodities as he (135) likes, and if it were possible to buy a kingdom with this income, it would perhaps not be enough for him. Both want to push their superfluities to infinity by wanting to push the value of their goods, which they say are limited, to infinity.

However, when this general desire of men that drives them to multiply is not guided by reason and by the universal law that the Creator has imposed on their will, it leads instead to the destruction of and to a decrease in their numbers and has very unfortunate effects on society and on the wealth of each individual. For example, it is impossible for the gentleman and the annuitant I have just depicted to be able to satisfy at the same time (136) their common desire to push their wealth to excess. They have completely opposing methods: one wants to sell high, the other wants to buy for nothing. One or the other must perish as long as they want to go to infinity with their limited and finite goods. If the gentleman succeeds and pushes the price of his commodities to a point where the annuitant cannot pay, the latter will die of hunger; if the annuitant pushes the value of his money to excess, the gentleman will soon be obliged to sell his land to have clothing. This is what the natural order and the universal law, which results from it, remedy wonderfully by informing us that our desire to have superfluities must lead us to (137) preserve others and that we cannot satisfy our desires without contributing our proportional part and that we can only enjoy the superfluities of others as long as they enjoy ours.

 

    French Text

    Celui qui a une rente fixe, & qui prétend de s'y borner, veut persuader le monde qu'il ne cherche pas d'autres richesses, se trompe encore, car il souhaite la même chose que le Gentilhomme de campagne, quoique d'une maniere opposée. Il se plaint quand les denrées sont cheres, & qu'il ne peut pas les avoir pour rien; son unique desir est que la valeur de sa rente augmente tous les ans, c'est-à-dire que pour cette somme fixe d'argent qu'il reçoit, il puisse acheter tous les ans (134) davantage, & que le prix des autres denrées diminue à proportion jusqu'à l'infini. Voila deux differens personnages qui se disent bornez, & qui veulent pourtant étendre ces prétendues bornes à l'infini. Ils souhaitent tous les deux l'augmentation du nombre des concourans à leur richesse sans mesure. Le Gentilhomme veut que le nombre de ceux qui demandent de lui du vin, du bled, des fourages, s'augmente d'une façon à leur pouvoir donner une loy, telle qu'il lui plait, & leur demander du superflu en contréchange sans bornes & sans mesure. Le Rentier souhaite, qu'il y aye une infinité de gens qui lui demandent de l'argent, afin qu'il soit en état d'avoir pour sa rente autant de leurs denrées qu'il (135) lui plait, & s'il étoit possible d'acheter un royaume pour cette rente, ce ne seroit peut être pas assez pour lui. Tous les deux veulent pousser leur superflu à l'infini, en voulant pousser la valeur de leurs biens qu'ils disent bornez à l'infini.

    Cependant quand cette envie generale des hommes qui les anime à leur multiplication n'est point conduite par la raison & par la loy universelle que le Créateur a imposée à leur volonté, elle va plûtôt à la destruction & à la diminution de leur nombre, & produit des effets tres facheux pour la societé & pour la richesse d'un chacun en particulier. Il est par exemple impossible que le Gentilhomme & le Rentier que je viens de representer, puissent en même tems satisfaire (136) leur envie commune de pousser leurs richesses à l'excès. Leurs manieres sont tout-à-fait opposées, l'un veut vendre bien cher, & l'autre veut acheter pour rien. Tandis qu'ils veulent aller avec leurs biens bornez & finis à l'infini, il faut que l'un ou l'autre perisse. Si le Gentilhomme réussit & pousse le prix de ses denrées à un point où le Rentier ne puisse atteindre, celui-ci mourra de faim; si le Rentier pousse la valeur de son argent à l'excès, le Gentilhomme sera bientôt obligé de vendre sa terre pour avoir un habit. C'est à quoi l'ordre de la nature & la loy universelle, qui en resulte, remedient merveilleusement, en nous faisant connoître que notre envie d'avoir du superflu nous doit conduire à la (137) conservation des autres, & que sans que nous y contribuïons notre part proportionnée, nous ne pouvons pas satisfaire nos desirs, & que nous ne sçaurions jouir du superflu des autres, qu'autant qu'ils jouissent du nôtre.