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Chapter One Part One 131-134

VI. To love superfluities, to want to push wealth to a kind of excess, and to never limit the desire to get rich is also a sign of the will and the universal passion that the Creator has inspired in men. By considering in its simplicity and natural purity this passion that lives in the hearts of all men, we discover universal Wisdom’s wonderful arrangement to preserve and to increase the number of humans, to which this passion, which often seems improper,[^1] contributes in an infinite number of ways.[^2] It keeps men on the go and in continuous commerce, and I dare say that it prolongs their life, which begins to decline (131) and to fade as soon as their willingness to move forward in increasing their wealth diminishes. It helps enormously their common desire to multiply by providing the means for the pleasant use of superfluities to support and to preserve their families. It can only be satisfied as the number of contributors[^3] to our wealth increases, and there are never too many for us because our desire to be rich to excess has neither moderation nor limit.

It is only a manner of speaking when we say that we would be satisfied with a certain good, that we would limit ourselves to a certain salary, that we only require necessities: the heart of all those who say this speaks otherwise, because (132) we have barely reached the degree of wealth with which we wanted to be satisfied than we seek another, or we want to make what we possess worth more than it was before, which is only possible to achieve by increasing the number of those who must take part in our superfluities. Let us suppose that a gentleman only wants to devote himself to his land and to have no other property, although if he examined his heart, it would tell him that two or three estates would suit him better. But he is only short-sighted in appearance, because he will want this estate to produce not only his needs, but to yield more grain, wine, and (133) other commodities every year, or he will want[^4] these commodities to become at least more expensive, that is to say, he will want[^5] his land to produce some superfluities that he can keep for extraordinary cases, and which would never be limited if things went as he wished.

 

    French Text

    VI. C'est encore une marque de la volonté & de la passion universelle que le Créateur a inspiré aux hommes, que d'aimer le superflu, de vouloir pousser la richesse à une espece d'excès, & de ne borner jamais l'envie de s'enrichir. En considerant cette passion qui réside dans le cœur de tous les hommes, en sa simplicité & en sa pureté naturelle, l'on découvre une merveilleuse disosition de la Sagesse universelle pour la conservation & multiplication du genre humain, à la quelle cette passion qui paroit souvent déréglée, contribue par une infinité d'endroits. Elle entretient les hommes dans un mouvement & dans un commerce continuel; & j'ose dire qu'elle allonge leur vie qui commence à diminuer (131) & à flétrir aussitôt que leur volonté diminue, d'avancer dans l'augmentation de leurs richesses. Elle aide infiniment leur envie commune de se multiplier en leur fournissant les moyens d'employer agréablement le superflu à l'entretien & à la conservation de leur famille: elle ne peut se satisfaire qu'à mesure que le nombre des concourans à notre richesse, s'augmente; & il n'est jamais assez grand pour nous, parce que notre envie d'être riches jusqu'à l'excès, n'a ni mesure ni bornes. 

    Ce n'est qu'une maniere de parler, quand on dit qu'on se contenteroit d'uncertain bien, qu'on se borneroit à un tel revenu, qu'on ne demande que le nécessaire; le cœur de tous ceux qui le disent parle autrement: car à peine (132) est on parvenu au degré de richesse, du quel on a voulu se contenter, qu'on en cherche un autre, ou qu'on veut faire valoir celui que l'on possède plus qu'il ne valoit auparavant, ce qui est impossible d'obtenir que par l'augmentation du nombre de ceux qui doivent participer à notre superflu. Supposons qu'un Gentilhomme se veuille uniquement attacher à sa terre, & n'avoir d'autre bien, quoiqu'en examinant son cœur il lui diroit, que deux ou trois terres l'accommoderoient mieux: mais en le regardant seulement comme un homme borné, il ne le sera qu'en apparence, parce qu'il souhaitera que cette terre lui produise non seulement ses besoins, mais qu'elle lui rende tous les ans davantage de bled, de vin & (133) d'autres denrées, ou qu'elles deviennent au moins plus cheres, c'est-à-dire, que sa terre lui produise du superflu, qu'il puisse garder pour des cas extraordinaires, & qui ne se borneroit jamais, si les choses alloient à ses souhaits.