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Chapter One Part One 117-121

The wonderful effects of this universal order confirm this truth for us every day. Countless numbers of men, who only work and are only occupied from morning until night to produce things that are only good for gratifying our senses and for distancing the objects that offend them, find in this way the means (117) to feed and to clothe themselves and even to have all the types of conveniences that an infinite number of others produce. Our desire to live comfortably and agreeably gives them necessities and conveniences, because we have no other choice but to contribute to all their needs in the proportion that we want them to contribute to ours. We are poorer and less happy by as much as we fail to maintain their power and desire to satisfy our desires. This is what the diversity of objects, chosen and invented by the variety of human inclinations, contributes in a wonderful way.

If all men everywhere had the same wishes (118) with regard to the objects that gratify or offend their senses, they would soon have to produce them themselves. Consequently, these things would no longer be convenient or pleasant since they would cause an infinite number of difficulties. But the diversity of man’s inclinations has resulted in a diversity of objects and has placed him in a situation where everyone can find the means to satisfy his desire to live comfortably. This diversity has contributed to establishing a prodigious quantity of different trades, occupations, and professions, which, in the proportion that they contribute to satisfying the desires of others, find the means to satisfy their own. In this way, all men have no choice but to contribute to (119) the conveniences of others so that the latter contribute to theirs in return, since they are unable to get them by themselves. Conveniences maintain commerce and continual communication among men, which increases considerably their desire for mutual preservation. As the number of those who provide us with convenient and agreeable things increases, these things become more perfect; we live more agreeably and become richer. Consequently, it is the same for them, because they could not do this for us if we did not maintain their power and willingness to do so. Their power is as limited as ours, and their will is, generally speaking, the same as ours, (120) namely, to live comfortably and agreeably. 
 

    French Text

    Les effets merveilleux de cet ordre universel nous confirment cette verité tous les jours. Une quantité innombrable d'hommes qui ne travaillent, & ne sont occupez depuis le matin jusqu'au soir, qu'à produire des choses, qui ne sont bonnes qu'à flatter nos sens, & qu'à en éloigner les objets qui les offensent, trouvent par ce moyen de quoi se (117) nourrir & se vêtir, & d'avoir même toutes les especes de commoditez, qu'une infinité d'autres produisent. C'est notre envie de vivre commodement & agréablement, qui leur donne le nécessaire & le commode, parce que nous sommes dans une nécessité indispensable de concourir à tous leurs besoins, à proportion que nous voulons qu'ils concourent aux nôtres. Autant que nous manquons à les conserver dans le pouvoir & dans l'envie de satisfaire nos désirs, autant sommes-nous moins riches & moins heureux. C'est à quoi la diversité des objets choisis & inventez par la varieté des inclinations humaines, contribue d'une maniere merveilleuse. 

    Si la volonté de tous les hommes étoit par tout égale, (118) par rapport aux objets qui flattent ou offensent les sens, ils seroient bientôt réduits à la necessité de les produire eux-mêmes, & par consequent ce ne seroit plus un commode ou un agréable, puis qu'il causeroit des peines infinies; mais la diversité de leurs inclinations ayant causé une diversité dans les objets, les a mis dans une situation où chacun peut trouver de quoi satisfaire son envie de vivre commodément. Cette diversité a contribué à établir une quantité prodigieuse d'états, de conditions & de professions différentes, lesquelles à proportion qu'ils contribuent à satisfaire les desirs des autres, trouvent de quoi satisfaire les leurs. Par là tous les hommes se trouvent dans la nécessité de concourir (119) au commode des autres, pour qu'ils contribuent au leur, ne pouvant l'avoir par eux mêmes. Par là ils'entretient un commerce & une communication continuelle entre les hommes, qui augmente considerablement le desir de se conserver reciproquement. A mesure que le nombre de ceux qui nous procurent le commode & l'agréable augmente, il devient plus parfait,nous vivons plus agréablement, & nous devenons plus riches; par consequent c'est de même de leur côté, parce qu'ils ne sçauroient nous rendre ce service, sans que nous les conservions dans le pouvoir & dans la volonté de le faire. Leur pouvoir est aussi borné que le nôtre, & leur volonté est, generalement parlant, la même que la nôtre, (120) c'est-à-dire de vivre commodement & agréablement.