
V. We usually call conveniences everything that is not necesarry and that we can do without. But this negative proposition does not give an accurate idea of the matter. It even seems impossible to form one that is applicable to an infinite number of different objects that are called convenient or agreeable and which are only thus in relation to certain people who consider them to be so. It is clear that (110) what often seems convenient and agreeable to one is regarded as inconvenient and disagreeable by another because of the infinite diversity of human inclinations and feelings. To reduce this multitude of different ideas to only one that is general and equally applicable to all these different impulses of the human mind, we must go to their source and to their birth. It is not in the things, strictly speaking, which, never changing their nature, should produce the same effects everywhere, but it is in the interior of man, in his heart, in his will, and in his mind, which is often not like himself, much less like that of another. It would seem, (111) for example, that filth, refuse, stench, and dirtiness in general, are equally inconvenient and disagreeable to all men; however, there are people who live in the middle of these things as if in their element, and who would be inconvenienced by musk and all fine fragrances. In certain countries, like Holland, they push cleanliness to excess, which seems ridiculous to others. However, these very different desires and feelings meet up at one point and make only, so to speak, one will, one mind, and one idea, which is that generally all men want objects that offend their senses to be taken away and those that (112) are pleasing to them to get closer. This desire is natural to them and as common as that of wanting to live and to have the necessary food for their bodies and education[^1] for their minds. They are not in this world long before they make it known. They have hardly recognized themselves when they begin to prefer fine, seasoned food to simple fare, a soft bed to a common one,[^2] mixed drinks[^3] to water, harmonious music to animal cries, and as we present to them different objects, they choose those that delight their senses the most and show repugnance towards those that offend them.
French Text
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V. On appelle ordinairement commode tout ce qui n'est pas nécessaire, & dont on se peut passer. Mais cette proposition négative ne donne pas une idée juste de la chose. Il paroit même comme impossible de s'enformer une qui soit applicable à une infinité de differens objets ausquels on donne le nom de commode ou d'agréable, & qui ne le sont que par rapport à de certaines personnes qui les adoptent sous ce titre. Il est constant que souvent (110) ce qui paroit commode & agréable à l'un, est regardé, comme incommode & des agréable par l'autre, à cause de la diversité infinie des inclinations & des sentimens des hommes. Pour réduire cette multitude d'idées differentes en une seule generale, & également applicable à tous ces differens mouvemens de l'esprit des hommes, il faut aller à leur source & à leur naissance: elle n'est pas dans les choses, à proprement parler, qui ne changeant jamais de nature devroient par tout produire les mêmes effets; mais elle est dans l'interieur de l'homme, dans son cœur, dans sa volonté & dans son esprit, qui ne se ressemble pas souvent à lui-même, bien loin de ressembler à celui d'un autre. L'on diroit (111) par exemple, que les ordures, les immondices, la puanteur, & generalement la malpropreté, sont également incommodes & desagréables à tous les hommes; cependant on trouve des gens qui vivent au milieu de ces choses comme dans leur élément, & qui se trouveront incommodez du musc & de toutes les odeurs fines.Dans de certains pays comme en Hollande, on pousse la propreté à un excès, qui paroit ridicule à d'autres. Cependant ces volontez & ces sentimens si differens se rencontrent dans un point, & ne font, pour ainsi dire, qu'une seule volonté, un seul esprit, une seule idée, qui est que generalement tous les hommes veulent, que les objets qui offensent leurs sens en soient éloignex, & que ceux qui (112) les flattent en approchent. Ce desir leur est naturel & aussi commun que celui de vouloir vivre, & d'avoir les nourritures nécessaires à leur corps & à leur esprit. Ils ne sont pas si-tôt venus au monde, qu'ils le font connoître. A peine se reconnoissent-ils, qu'ils commencent à préferer les nourritures fines & d'un goût relevé aux simples, un lit doux à un commun, les liqueurs composées à l'eau, une musique harmonieuse aux cris des bêtes; & à mesure qu'on leur présente des objets differens, ils choisissent ceux qui flattent le plus leurs sens, en démontrant de la répugnance envers ceux qui les offensent.
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