
The second maxim that I take from my general principle is that all the knowledge and all the truths with which men’s minds must necessarily be educated can easily be reduced to only one, equally necessary for all men without any distinction. _This is to inform them of their natural poverty and the remedy for getting out of it._ This proposition is very simple, but with everything that I have shown above, it seems very important and very wide-ranging, generally encompassing all the knowledge that our minds need to be educated. (100) It is true that men naturally feel their needs without being taught: for example, they feel hunger, thirst, cold, and generally everything they lack or desire, but this perception is well removed from the real knowledge of our needs and our natural poverty. We are not poor because we have the needs that I just mentioned, which we have in common with animals, but because we cannot satisfy them by ourselves and we have an indispensible necessity to be helped by an infinite number of others. As soon as this host of contributors to our needs changes its will or is made (101) powerless to help us, we are lost and all our wealth is reduced to dust.
This truth and everything I have just noted about it does not come to our minds by itself like the desire to eat, to drink, and to sleep: it must come from somewhere else. We see and feel from the day of our birth that everything we need does not come by itself, but that men provide us with it. However, the impossibility to do otherwise is unknown to us. We learn imperceptibly to talk to others and to inform them of our desires, without thinking that they are the ones who gave us this ability and that it is a great treasure (102) for us. It gives us the opportunity to learn the origin of the things that men show us for satisfying our desires. We ask, for example, where does the bread we eat come from? They respond that it is men who prepare the fields and grow the wheat, that it is men who harvest it and have it milled and bake the bread; and it is the same thing everywhere with regard to the rest of our needs. Here is invincible proof that man would never know by himself his needs and his poverty, as much in relation to his mind as in relation to his body. This impossibility to do otherwise brings about an indispensable necessity to teach it to him. (103) The same natural order that imposes on us this universal law to preserve the life of others also demands this help to educate their minds. Everything comes from the same principle, and the same reasons reign everywhere.
French Text
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La seconde maxime, que je tire de mon principe general, est que toutes les connoissances & toutes les veritez dont l'esprit des hommes doit nécessairement être nourri, se peuvent aisement reduire en une seule, également nécessaire à tous les hommes sans aucune distinction. <C'est de leur faire connoître leur pauvreté naturelle, & le remede par lequel on s'en tire.> Cette proposition est tres simple, mais par tout ce que j'ai demontré ci-dessus, il paroit assez qu'elle est tres importante & d'une grande étendue, renfermant generalement toutes les connoissances dont notre esprit a besoin d'être nourri. (100) Il est vrai que les hommes sentent naturellement leurs besoins sans qu'on leur apprenne: on sent par exemple la faim, la soif, le froid, & generalement tout ce dont on manque ou que l'on désire; mais cette perception est bien éloignée de la veritable connoissance de nos besoins, & de notre pauvreté naturelle. Nous ne sommes pas pauvres, parce que nous avons les besoins dont je viens de parler, qui nous sont communs avec les bêtes, mais parce que nous ne pouvons pas les satisfaire par nous mêmes, & que nous nous trouvons dans une nécessité indispensable d'être secourus par une infinité d'autres; aussitôt que cette foule de concourans à nos besoins, changent de volonté ou sont mis dans l'impuissance (101) de nous secourir, nous sommes perdus, & toutes nos richesses réduites en poussiere.
Cette verité & tout ce que je viens de remarquer là-dessus, ne se presente pas à notre esprit de soi-même, comme le désir de manger, de boire & de dormir, il faut qu'elle vienne d'ailleurs. Nous voyons, & nous sentons bien dès le jour de notre naissance, que tout ce qu'il nous faut, ne vient pas de soi-même, mais que ce sont des hommes qui nous le procurent. Cependant l'impossibilité de faire autrement, nous est inconnue. Nous apprenons insensiblement à parler aux autres, & à leur faire connoître nos désirs, sans reflechir que ce sont eux qui nous ont donné cette faculté, & qu'elle est un grand tresor (102) pour nous. Elle nous donne lieu d'apprendre l'origine des choses que les hommes nous presentent pour satisfaire nos désirs. Nous demandons par exemple d'où vient le pain que nous mangeons: on répond que ce sont les hommes qui préparent les champs, & y font venir du bled, que ce sont les hommes qui le moissonnent, qui le font moudre & en cuisent du pain; & qu'à l'égard du reste de nos besoins, c'est partout la même chose. Voila une preuve invincible, que l'homme par lui même ne connoitroit jamais ses besoins & sa pauvreté, tant par rapport à son esprit que par rapport à son corps: cette impossibilité de faire autrement, entraine une nécessité indispensable de le lui apprendre. Le (103) même ordre de la nature qui nous impose cette loy universelle de conserver la vie aux autres, exige aussi ce concours à la nourriture de leur esprit. Tout sort du même principe, & les mêmes raisons regnent par tout.
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