
The first degree of this wealth is a large number of contributors[^1] that first watch over the baby to preserve his health and life. If the mother is barbarous enough to abandon him, an infinite number of others come to his aid and work to punish severely this inhuman woman: the spirit of vengeance against those who kill a baby is as natural to all humans as the feeling of pain or pleasure. The Creator inspired this feeling in them and confirmed it with this severe law against the murderers: that they be eliminated from human society. He made humans to multiply; everything that prevents this increase in numbers (45) is against his law. This is the principle of their wealth, and their common interest obliges them to observe it scrupulously. Having received from God dominion over all the land, the sea and everything they contain, they can only make the most of them by multiplying: without this, they would lack everything, including necessities, in the middle of an infinite number of goods. If we expose an infant with a large quantity of things to feed and to protect him from the cold, he will without fail perish in spite of this abundance. The fact that mutual aid is the only possible way to preserve the child’s life shows without a doubt the necessity of considering his life a very precious thing, above (46) all the goods in the world.
We are well aware that without having received the same help that we give to him, we would not be alive, and that he will repay it in turn when he is old enough to do so. The desire to preserve ourselves makes us want to preserve others; wanting our numbers to increase is wanting to increase our wealth; the greater the number of people who contribute to our survival, the richer we are, and the more it is necessary for us to contribute to theirs. When a violent wave of passions or, so to speak, a certain intoxication overcomes reason and the natural feeling that the Creator has (47) inspired in all humans to preserve themselves and to multiply and when, in this disturbance of common sense, they contribute to the destruction of others, they not only feel some interior repugnance in the act itself, but when they recover from their outburst and their intoxication, they are suddenly seized by a violent repentance that torments them day and night and makes them understand that they have endeavored to destroy themselves and have deprived themselves of one of the noblest parts of their wealth and have incurred the hatred and general scorn of everyone who prepares to destroy them from this vindictiveness that all humans naturally have towards murderers, the declared enemies (48) of the entire human race. They understand that if everyone suddenly wanted to refuse them mutual aid, they would fall into a situation similar to that of an exposed infant, who in the middle of all kinds of goods would die if he lacked the help from all those who must necessarily contribute to his preservation.
French Text
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Le premier degré en est qu'un grand nombre de concourans se mettent d'abord en faction pour conserver la santé & la vie à l'enfant; que la mere soit assez barbare pour l'abandonner, une infinité d'autres viennent au secours, & travaillent pour châtier sévérement cette inhumaine: l'esprit de vengeance contre ceux qui tuent un enfant, est aussi naturel à tous les hommes que le sentiment de la douleur ou du plaisir. Le Créateur leur a inspiré ce sentiment, & l'a confirmé par cette loy severe contre les homicides, qu'ils soient exterminez de la societé humaine. Il a fait les hommes pour se multiplier; tout ce qui empêche cette multiplication (45) est contre sa loi, c'est le principe de leur richesse; & leur interest commun les oblige à l'observer exactement; ayant reçu de Dieu en domaine toute la terre, la mer & toutes les choses qu'elles renferment, ils n'en sçauroient profiter que par leur multiplication: sans elle ils manqueroient de tout jusqu'au nécessaire au milieu d'une infinité de biens. Que l'on expose un enfant avec une grande quantité de choses propres à le nourrir & le garantir du froid, il périra infailliblement malgré cette abondance. L'impossibilité de lui conserver la vie autrement que par un secours mutuel, démontre évidemment la nécessité qu'il y a de regarder sa vie comme une chose tres précieuse & au dessus de (46) tous les biens du monde.
Nous sentons bien que sans avoir reçeu un pareil secours que nous lui prestons, nous ne viverions pas, & qu'il le rendra à son tour quand il sera en âge à le pouvoir faire. C'est l'envie de nous conserver, qui fait que nous voulons conserver les autres, c'est de vouloir augmenter notre richesse, quand nous voulons que notre nombre augmente; plus le nombre de ceux qui concourent à notre conservation est grand, plus nous sommes riches, & plus nous nous trouvons dans la nécessité de concourir à la leur. Quand un mouvement violent des passions, ou pour ainsi dire, une certaine yvresse l'emporte sur la raison & sur le sentiment naturel que le Créateur a inspiré (47) à tous les hommes de se conserver & de se multiplier, & que dans ce trouble du sens commun ils concourent à la destruction des autres, ils ne sentent pas seulement quelque repugnance interieure dans l'action même; mais étant revenus de leur emportement & de leur yvresse, un repentir violent qui les saisit tout d'un coup, les tourmente jours & nuits, & leur fait assez connoître qu'ils ont travailé à leur propre destruction, & qu'ils se sont privez d'une des plus nobles parties de leur richesse; qu'ils ont encouru la haine & le mépris general de tout le monde qui se prépare à leur destruction par cet esprit de vengeance, que tous les hommes portent naturellement contre les homicides, ennemis (48) declarez de tout le genre humain. Ils comprennent bien que si tous les hommes vouloient tout d'un coup leur refuser le secours mutuel, ils tomberoient dans une situation pareille à celle d'un enfant exposé, qui au milieu de toutes sortes de biens periroit quand il manqueroit du secours de tous ceux qui doivent nécessairement concourir à sa conservation.
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