econweb banner

Chapter One Part One 49-55

Here we are then at the source of what is called necessity as regards wealth, which appears in equal simplicity[^2] at the birth of all humans, who come into the world equally poor and destitute. From everything that I have just said on this subject, a double necessity, physical and moral, first presents itself, which impels (49) humans to rush to preserve the life of infants: this is the impossibility to do otherwise and the common interest to multiply combined with the obligation that they contracted at birth to return the same service that they received. This necessity is reciprocal, as much with regard to the one who is being preserved as to those who lend their assistance. It first makes it necessary for the one who receives to give back in turn, so that through this perpetual circulation, all humans, without any distinction, are equally bound to it, without a single one, under any pretext at all, being able to exempt himself from this general rule. We must either submit to it (50) or abandon love for our own life and preservation. Because this truth is incontestable, it necessarily follows that the reciprocal aid humans give to each other to preserve their lives makes up the first degree of their wealth, which we commonly call necessities. The materials that humans use to feed and to cover themselves can only be of use after humans prepare them. Moreover, the need to use them is not as absolute as the need of human help. There are several kinds of materials that, especially with regard to the diversity of climates and nations, serve the same purpose. We can even say that all of them (51) require human intervention, without which we could not live and without which no food or clothing of any kind would exist or would ever reach us. The experience that all humans had in their infancy must not leave them in any doubt of this truth. 

This truth brings us to another, which is, that the means people need to use to preserve life must be of a quality proportional to this end. If our wealth can only begin with the help of others, it is in our interest for them to be able to lend it. If these creatures live for us, their condition must be perfect so that (52) their help is perfect and whole. They must therefore be fed and dressed in such a way that their bodies can reach the degree of their natural perfection, and their organs are well disposed to receive the commands of the mind and the will by which they are prompted to serve and to preserve us, and their bodies’ inactivity and defects do not prevent the mind’s functioning. The same necessity that obliges us to preserve them also shows the need for it not to be defective; and this is a general necessity with regard to all humans without any distinction. The same reason that wants a gentleman’s child to become a (53) healthy and perfect man also wants it with regard to the peasant’s child. The life of each one is equally precious, and we are never even assured that the great nobleman’s child will become a more useful member of society than the peasant’s: history has provided us with an infinite number of examples where the children of kings have become degenerate and the children of peasants or nobodies have raised themselves up by their merit to the highest dignities of society with general approbation. This confirms even more the maxim that I have just established: that it is not in vain that the Creator has made it equally necessary for everyone to take part in the preservation of others and that an infinite number of contributors[^1] work every (54) day to save the life of a single child that we often believe to be abandoned by everyone. 

 

    French Text

    Nous voila donc à la source de ce qui s'appelle nécessaire en matiere de richesses, & qui se presente dans une simplicité égale à la naissance de tous les hommes, qui viennent au monde également pauvres & dépourvûs de tout. Par tout ce que je viens de dire à ce sujet, il s'y presente d'abord une double nécessité phisique & morale, qui excite (49) les hommes d'accourir à la conservation de la vie des enfans, c'est l'impossibilité de faire autrement, & l'interest commun à la multiplication joint à l'obligation qu'ils ont contracté à leur naissance de rendre le même service qu'ils y ont reçû; cette nécessité est réciproque tant à l'égard de celui de la conservation duquel il s'agit, qu'à l'égard de ceux qui prêtent leur ministere pour cet effet. Elle constitue d'abord celui qui reçoit dans la même nécessité de rendre à son tour, de sorte que par une circulation continuelle, tous les hommes sans aucune distinction s'y trouvent également engagez, sans qu'un seul sous quelque pretexte que ce soit se puisse exempter de cette regle génerale, ou il faut s'y soumettre, (50) ou il faut abandonner l'amour de sa propre vie & de sa propre conservation. Cette verité étant incontestable, il s'ensuit necessairement, que le secours reciproque, que les hommes se rendent pour la conservation de leur vie, forme le premier degré de leur richesse que l'on appelle communement le nécessaire; les matieres dont les hommes se servent pour se nourrir & pour se couvrir, ne peuvent rendre ce service qu'après être aprêtez par les hommes: d'ailleurs la nécessité de s'en servir n'est pas si absolue comme celle du secours des hommes; il y en a de plusieurs especes surtout à l'égard de la diversité des climats & des nations qui rendent le même service. On peut même dire qu'il n'y en a point qui ne (51) demandent le ministere des hommes, sans lequel nous ne pourrions vivre, & sans lequel ni la nourriture, ni les vêtemens de quelque nature qu'ils soient, n'existeroient & ne parviendroient jamais jusques à nous; l'experience que tous les hommes ont faite dans leur enfance, ne leur doit laisser aucun doute de cette verité.

    Elle nous méne à une autre, qui est, que les moyens dont les hommes ont besoin de se servir pour la conservation de la vie, doivent être d'une qualité proportionnée à cette fin. Si notre richesse ne peut commencer que par le ministere des autres, il est de notre interest qu'ils soient en état de le prêter. Si ces créatures vivent pour nous, il faut que leur condition soit parfaite, afin (52) que leur ministere soit parfait & entier. Il faut donc qu'ils soient nourris & vêtus de maniere que leurs corps puissent parvenir au degré de leur perfection naturelle; que les organes soient bien disposés à recevoir les commandemens de l'esprit & de la volonté dont ils sont animez pour notre service & pour notre conservation; que l'inactivité & la défectuosité du corps n'empêche point l'activité de l'esprit. La même nécessité, qui nous oblige à leur conservation, montre aussi la nécessité qu'il y a qu'elle ne soit point défectueuse, & cette nécessité est génerale àl'égard de tous les hommes sans aucune distinction. La même raison qui veut que l'enfant d'un Gentilhomme devienne un homme (53) sain & parfait, le veut aussi à l'égard de l'enfant du paysan; la vie de l'un & de l'autre est également précieuse, & même on n'est jamais assuré que l'enfant du grand Seigneur devienne un membre plus utile à la societé que celui du paysan, l'histoire nous ayant fourni une infinité d'exemples que des enfans de Rois ont degeneré, & des enfans de paysans ou gens de rien ont été élevez par leur merite aux premieres dignitez du monde avec une approbation génerale. Ce qui confirme encore davantage la maxime que je viensd'établir, que ce n'est pas en vain que le ·Créateur a constitué les hommes dans une nécessité égale de prendre part à la conservation des autres, & qu'une infinité de concourans travaillent tous (54) les jours pour sauver la vie d'un seul enfant qu'on croit souvent abandonné de tout le monde.