
Even though these moral things cannot be measured like mathematical bodies,[^2] it is nevertheless important to advance our knowledge of them to the perfection of which our minds are capable.[^3] To this end, we must go back to the source of this formation of an infinite number of moral beings and draw from it the general principles on which everyone is usually of the same mind or without which none of their (41) very different inclinations would ever take place, just as without the impulse that the heart gives to an infinite number of arteries, veins, and other vessels in the human body, which are so different from each other, and without the blood that it sends everywhere, no one could survive for a moment. Therefore to know what the needs of all humans in general boil down to, we must go to their origin and consider them at their birth. This is when they are at their simplest, stripped of all knowledge of virtues and vices, of wealth and poverty, of greatness and baseness; this is when a king’s child does not feel he has prerogatives over a peasant’s; this is when a wealthy man’s child does not want something different from (42) a poor man’s child; finally, this is when all humans in general and without exception show the same desire to be fed, to sleep, and not to be cold, without distinguishing between the ways these things come to them or their quality.
In Paris, for example, all children from the highest rank to the lesser bourgeoisie are sent from the day of their birth to a peasant wet nurse, sometimes up to twenty leagues from town, where they stay for one or two and sometimes three years. There, they are fed and raised in the same way as the peasant’s child, and we think that this food is more suitable for them than that from certain mothers who are debauched from (43) morning to night, so much it is true that all humans at birth are perfectly equal with regard to life’s necessities. They all equally lack them and come into the world poorer than animals. They not only do not have the sense and the strength to seek the breast like animals, they are also not protected from the cold by a hide. A mother or a wet nurse alone is not enough for them as with animals, and without the help of several people who provide the clothes and the tools to cover them night and day, they would freeze to death or rot in their waste. In this nakedness and this general poverty in all things, their wealth first begins (44) to form and to present itself in its natural simplicity.
French Text
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Cependant quoique ces choses morales ne puissent pas se mesurer comme les corps mathématiques, il est
néanmoins important de pousser leur connoissance à toute la perfection dont notre esprit soit capable. Pour cet effet, il faut remonter à la source de cette composition d'une infinité d'êtres moraux, & en tirer des principes generaux dans lesquels ordinairement tous les hommes se rencontrent, ou sans lesquels aucune de leurs (41) inclinations si differentes n'aurroit jamais lieu, comme sans le mouvement que le cœur donne à une infinité d'arteres, veines & autres vaisseaux du corps humain si differents les uns des autres, & sans le sang qu'il en voie par tout, pas un ne pourroit se conserver un moment. Or pour sçavoir à quoi les besoins de tous les hommes en general se reduisent , il faut aller à leur origine & les considerer dans leur naissance. C'est là où ils sont dans leur simplicité, dépourvûs de toute connoissance de vertus & de vices, de richesse & de pauvreté, de grandeur & de bassesse: c'est la où l'enfant d'un Roi ne sent point de prérogatives qu'il a sur celui d'un paysan, c'est là où l'enfant d'un riche ne demande autre chose que celui (42) d'un pauvre: c'est enfin là où tous les hommes en general & sans exception montrent le même desir d'être nourris, de dormir, & de n'avoir pas froid, sans distinguer, par quelles voyes ces choses leur viennent, ou de quelle qualité qu'elles soient.
A Paris,par exemple, tous les enfans des gens de condition jusqu'à ceux des moindres Bourgeois, sont envoyez dès le jour de leur naissance chez des nourrices paysannes; quelquefois jusqu'à vingt lieues de la ville, où ils restent pendant un ou deux & quelquefois trois ans. Là ils sont nourris & élevez de la même façon que l'enfant de la paysanne, & on trouve que cette nourriture leur est plus convenable que celle de certaines meres qui sont dans la débauche depuis (43) le matin jusqu'au soir: tant il est vrai que tous les hommes dans leur naissance sont d'une égalité parfaite à l'égard des nécessités de la vie. Ils en sont également dépourvûs, & viennent au monde plus pauvres que les bêtes. Ils n'ont pas seulement l'esprit & la force d'aller chercher la mamelle comme les bêtes, ils ne sont point garantis contre le froid par une peau comme elles. Une mere ou nourrice seule ne leur suffit point comme aux bêtes, & sans le concours de plusieurs personnes qui fournissent les hardes & les outils pour les couvrir de nuit & de jour,ils périroient de froid, ou pouriroient dans leurs ordures. Dans cette nudité & dans cette indigence generale de toutes choes, leur richesse commence (44) d'abord à se former, & se présenter dans sa simplicité naturelle.
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