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Chapter One Part One 85-89

This reciprocal communication, so visible in the natural order, first leads us to two very important truths with regard to man’s education. Namely, in the first place, that it is as necessary for one as for another, because all men are perfectly equal with regard to knowledge, without which they could not contribute to their common goal, which is to preserve and to increase the number of the human race. If the mind is the best part of man, it must be able to perform its functions; and all those who prevent this declare themselves as much an enemy of the human race as murderers. The universal law manifested (85) in the natural order does not recognize any difference in stations and conditions, which are invented later by men and subordinate to the general goal for which men exist. 

By this general rule, everything that is fallacy and lies is poisonous to the minds of all men, which we should only feed truths. A single fallacy, although in appearance very small and immaterial, engenders an infinite number of others to the great harm of the common wealth of the human race as well as the individual wealth of the one whose mind is ruined. Fables, for example, fairy tales, ghosts, apparitions, and tons of other nonsense with which mothers and wet nurses often fill the minds of (86) their children are as many poisons that kill or at least make very sick and imperfect this noble part of man. They sometimes imagine that their lies make their children dutiful and respectful, although the hope for some good and the fear of a real evil would be infinitely more effective on the will of children. But usually this infraction of the natural order and this bad education of children is very costly to society, especially to fathers and mothers and even to the child. 

They send him to school at great expense to learn first and foremost Logic, that is, the art of reasoning, where his mind must (87) torment itself for several years in order to learn barbarous words that charlatans have invented and espoused to make their science more respectable and more lucrative. At the school, they receive the poor child as a sick person because they claim to draw out the poison slipped into his mind by his father, his mother, his wet nurse, his relatives, and all those with whom he lived in the family. They call this poison prejudice, which must be cast off to make way for logical truths, but usually they are not very successful at this. Often the school master or tutor with his rough and inhumane behavior, filled with prejudices himself, only seems like a smug person or a monster to the child (88) who, from a natural tenderness, gives more credence to what those who have treated him well say, and thus keeps his prejudices and his ruined mind his whole life and reasons poorly on the most essential things for his preservation and that of others. 

 

 

    French Text

    Cette communication reciproque, si visible dans l'ordre de la nature, nous mêne d'abord à deux veritez tres importantes à l'égard de la nourriture de l'esprit de l'homme. Sçavoir premierement, qu'autant qu'elle est nécessaire pour l'un, elle l'est aussi pour l'autre, tous les hommes étant d'une égalité parfaite, par rapport aux connaissances sans lesquelles ils ne pourroient concourir à leur but commun, qui est la conservation & la multiplication du genre humain. Si l'esprit est la meilleure partie de l'homme, il doit être mis en état de faire ses fonctions, & tous ceux qui les empêchent, se declarent autant ennemis du genre humain que les homicides, sans que la loy universelle manifestée (85) dans l'ordre de la nature, reconnoisse aucune difference d'états & de conditions inventées posterieurement par les hommes, & subordonnées au but géneral pour lequel ils existent. 

    Par cette regle génerale tout ce qui est fausseté & mensonge est un venin pour l'esprit de tous les hommes, lequel on ne doit nourrir que de veritez. Une seule fausseté, quoique en apparence tres petite & indifferente, en engendre une infinité d'autres au grand préjudice de la richesse commune du genre humain, aussi bien que de la particuliere de celui dont l'esprit est gâté. Les fables par exemple, les histoires des Fées, les spectres, les apparitions & mille autres fadaises dont les meres & les nourrices remplissent souvent l'esprit de (86) leurs enfans, sont autant de poisons qui tuent ou rendent au moins tres malade & imparfaite cette noble partie de l'homme. Ils s'imaginent quelquefois de tenir les enfans dans le devoir & dans le respect par des mensonges, quoique l'ésperance d'un bien & la crainte d'un mal veritableferoient infiniment plus d'effet sur la volonté des enfans. Mais ordinairement cette infraction de l'ordre de la nature & cette mauvaise nourriture donnée à l'esprit des enfans, coute bien cher à la societé, & sur tout aux peres & aux meres & à l'enfant même.

    On l'envoye à l'école avec beaucoup de dépense pour apprendre avant toutes choses la Logique, c'est-à-dire l'art de raisonner, ou il faut que son (87) esprit se tourmente plusieurs années pour apprendre les mots barbares que les charlatans ont inventez & épousez pour rendre leur science plus respectable, & plus lucrative. Là on reçoit le pauvre enfant comme un malade, parce qu'on prétend d'ôter de son esprit le venin qui s'y est glissé par la faute de son pere, de sa mere, de sa nourrice, de ses parens & de tous ceux avec lesquels il a resté dans la famille. On appelle ce venin préjugé, dont il faut se dépouiller pour faire place à des veritez logiques. Mais communement on y réussit fort mal. Souvent le maître d'Ecolle ou le Precepteur par ses manieres rudes & inhumaines & tout farci de préjugez lui même ne paroit qu'un fat ou un monstre à l'enfant, (88) lequel par une tendresse naturelle ajoutant plus de foi aux dires de ceux qui lui ont fait du bien, il conserve ses préjugez & son esprit gaté toute sa vie, & raisonne mal sur les choses les plus essentielles à sa conservation, & à celle des autres.