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Chapter One Part One 78-81

It is thus clear that the use of speech is a good as necessary to man as food is to his body, as much for the operations of his mind as for their communication to others, and not only with regard to those who are present, but also with regard to those who are absent, which includes reading and writing. If man’s wealth is created with the help of (78) an infinite number of others, he must necessarily be able to hear them and to speak to them no matter where they are. Besides, this is the source and the common mother of all the arts and sciences, from which most of the products that make up our wealth originate and which generate more new ones everyday. The result is an indispensable duty for all men to look for and to establish the proper words for each thing and to avoid ambiguities whose bad effects, which are very harmful to the commerce of life and to true wealth, usually rebound on those who have neglected this duty. This is all the more true since we cannot refrain from calling (79) languages that are less subject to this flaw than others very rich languages. 

Just as one kind of food is not sufficient to preserve our bodies, so it is with our minds for which the use of speech alone does not provide all the functions[^1] that it needs for its operations. It is not enough to know how to represent to ourselves everything that our senses come across by forming our mouths[^2] and using a tone of voice, which our minds hold in our brain as if in a warehouse and know how to arrange and to communicate to others. It is also an indispensable necessity that we communicate to our minds the ideas that cannot come to us through our own senses because (80) they are far from their reach. 

 

 

    French Text

    Il est donc constant que l'usage de la parole est un bien aussi nécessaire à l'homme, que la nourriture de son corps, tant pour les operations de son esprit, que pour leur communication aux autres: ce n'est pas seulement à l'égard des presents, mais aussi à l'égard des absens, ce qui renferme la lecture & l'écriture. Si la richesse de l'homme se forme par le concours (78) d'une infinité d'autres, il faut nécessairement qu'il puisse entendre & leur parler en quel lieu qu'ils soient. D'ailleurs c'est ici la source & la mere commune de tous les arts de toutes les sciences, desquelles la plûpart des productions qui composent nos richesses tirent leur origine, & qui en engendrent encore tous les jours de nouvelles. Il en résulte un devoir indispensable pour tous les hommes, de chercher & d'établir des mots propres à chaque chose & d'éviter les équivoques, dont les mauvais effets tres préjudiciables au commerce de la vie & à la veritable richesse, rejaillissent ordinairement sur ceux qui ont manqué à ce devoir: cela est d'autant plus vrai, que l'on ne peut se dispenser d'appeller les (79) langues moins sujettes à ce défaut, que les autres des langues tres riches. 

    Comme à notre corps une seule espece de nourriture ne suffit pas pour sa conservation, il en est de même de notre esprit, auquel le seul usage de la parole ne donne pas toute l'activité qu'il lui faut pour ses operations. Il ne suffit pas de sçavoir nous representer toutes les choses qui tombent sous nos sens, par une figuration de la bouche, & par un ton de voix que notre esprit retient dans le cerveau comme dans un magasin, & qu'il sçache les ranger & les communiquer à d'autres. Il est aussi d'une nécessité indispensable, que l'on communique à notre esprit les idées qui n'y peuvent point venir par nos propres sens, étant (80) éloignez de leur portée.