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Chapter One Part One 70-74

There is another kind of necessity about which I must say a word. Having considered man at his birth and in his natural poverty, and how he first begins at that moment to become rich because of the help of a large number of contributors—[^1] whose service provides him necessities— applying themselves to save his life and health, I must acknowledge that this necessity would be very imperfect if (70) we left it at that, and if we contented ourselves with giving his body every suitable kind of food, but left his mind, his most noble part, to lie fallow. He necessarily needs cultivation and education[^2] because at birth, his mind seems like an animal’s.[^3] Without this education,[^4] he would never know how to use his mind. Without it, he would not learn the use of the things established in the world for his needs. He could never make use of them; rather, he would always remain an infant that must have food put in his mouth, whereas others know how to look for and take it. Without it, having come into the world deprived of everything, he would never remember how he found (71) the ways to preserve his life that he holds so dear. Without it, he would never know the mutual duties that oblige men to contribute to their common preservation, and that he contracted the same obligation on the day he was born. The natural desire to drink and to eat would always take him to reap where he has not sown, and since everyone would stop him and send him away, he would die of hunger. This is why I place this education[^5] that we receive with the help of an infinite number of persons among the necessities with which our wealth must begin and reach all the degrees of its perfection. 

But just as there is an infinite number of dishes and liqueurs (72) produced and put together by men to feed others, there are many kinds of education[^6] where we see, as with the other goods, three different degrees — the necessary, convenient, and superfluous — from the different uses that everyone makes of them, although, from their original establishment, they had no other goal but the necessary help of every man towards a same end, which is their common safety, their preservation, and their increase in number. However, just as the simplest dishes are the most suitable to preserve all bodies in general, let us say the same thing of the education[^7] that men need. It is (73) an absolute necessity for everyone to have his proportional part of the simplest and the most appropriate kind for the entire human race for the general purpose of his development. It is like the portion of bread and water that no one can do without.

 

 

    French Text

    Il y a encore une espece de nécessaire, dont il faut que je dise un mot. Ayant consideré l'homme en sa naissance & en sa pauvreté naturelle, & de quelle maniere dans ce moment-là il commence d'abord à devenir riche par le secours d'un grand nombre de concourans, dont le ministere lui fournit le nécessaire, s'employant pour lui sauver la vie & la santé, il faut avouer que ce nécessaire seroit tres imparfait, si (70) l'on en demeuroit là, & si l'on se contentoit de donner à son corps toutes les nourritures convenables, en laissant son esprit sa plus noble partie, en friche, il lui faut nécessairement une culture & nourriture, parce qu'à la naissance de l'homme il paroît aussi peu que dans une bête: sans cette nourriture, il ne sçauroit jamais se servir de son esprit; sans elle il ne connoîtroit pas l'usage des choses établies dans le monde pour ses besoins, il ne pourroit jamais s'en servir, mais il resteroit toujours enfant, auquel il faut mettre les nourritures dans la bouche, au lieu que les autres les sçavent chercher & prendre. Sans elle il ne se souviendroit jamais de quelle maniere étant venu au monde dépourvû de tout, il a trouvé (71) les moyens de conserver sa vie qu'il sent si chere, sans elle il ne connoîtroit jamais les devoirs reciproques, qui obligent les hommes de concourir à leur conservation commune, & qu'il a contracté la même obligation dès le premier jour de sa naissance. L'envie naturelle de manger & de boire l'emporteroit toûjours de cueillir où il n'auroit point semé; & comme il s'en verroit empêché & renvoyé partout, il mourroit de faim. C'est pourquoi je mets cette nourriture que reçoit notre esprit par le concours d'une infinité de personnes dans le nombre du nécessaire, avec lequel notre richesse doit commencer, & parvenir à tous les degrez de sa perfection.

    Mais comme il y a une infinité de mets & de liqueurs, (72) produits & composes par les hommes pour la nourriture des autres, il en est de même des nourritures qu'on donne à leur esprit, où nous voyons comme dans les autres biens trois differens degrez, de nécessaire, de commode & de superflu, par les différens usages que les uns & les autres en font, quoique par leur établissement originaire ils n'ayent d'autre but, que le concours nécessaire de tous les hommes à une même fin, qui est leur salut commun, leur conservation & leur multiplication. Cependant comme dans les mets les plus simples sont les plus convenables à la conservation de tous les corps en general, disons la même chose des nourritures dont l'esprit des hommes a besoin. Il est (73) d'une nécessité absolue que de celles qui sont les plus simples & les plus convenables à tout le genre humain, chacun ait sa part proportionnée à la fin generale de son établissement. C'est comme cette portion de pain & d'eau dont personne ne sçauroit se passer.