
For example, our drinkers in Germany who imbibe such a large quantity of liqueurs that they often drink in one sitting the portion of ten or twenty persons until the extinction, not of thirst according to the natural order, but (63) of reason, common sense, health, and life itself; they drink so much to the health of one another that they die of this so-called health, not to mention the senseless quarrels[^1], the brawls, and the slaughter that occur under the influence of wine. These drinkers, I say, are certainly a case of the dissolute conversion of necessities into conveniences and superfluities. They also expose themselves to an infinite number of inconveniences that are contrary to their wealth and that the Author of nature has attached to the infraction of his law. I will boldly say that they are usurpers of other people’s property. The portions of liqueur that they drink beyond what they need are as many portions stolen from others for whom (64) the Creator intended them. This disproportionate amount that the bottomless pit of the drinkers absorbs is worse than throwing a lot of grains and liqueur into the sea because that would only deprive a few people of some of their necessities, whereas drunkenness causes society’s wealth to suffer a considerably greater blow.
With regard to the drunkard, who first deprives himself of the help of several persons for his needs with whom he could have and should have exchanged the portions he wrongly consumed, and which did not belong to him, he would have perhaps obtained the help of twenty or several others from the goods that these persons would have exchanged with him for his portions. (65) It would not be difficult to show that this single transaction, although in appearance very small, could go on infinitely to the advantage and the increase of the drunkard’s wealth, which he suddenly deprived himself of, and at the same time, removed from an infinite number of his contributors.[^2] Even his health, which the drunkard ruins, is other people’s property that he ravages. It belongs to society; it serves as one of the principal parts of its wealth. He cannot deprive himself of it without declaring himself an enemy of human kind. Thus, from a just repercussion of secondary causes arranged by the natural order’s admirable wisdom, the more men fall into drunkenness, (66) the farther away they get from true wealth and the closer they get to destitution and the lowest level of poverty, such that we almost never see people completely lost to drunkenness enjoy a meager wealth. On the contrary, we see an infinite number of them who, though well-off in their affairs before, have become very poor. It is not difficult, with just a little attention, to get a glimpse of how that happens degree by degree.
French Text
French Text
Nos beuveurs, par exemple en Allemagne, qui usent des liqueurs en si grande profusion qu'ils prennent souvent dans une seule séance la portion de dix ou vingt personnes jusqu'à l'extinction non pas de la soif selon l'ordre de la nature,mais (63) de la raison, du sens commun; de la santé, & de la vie même; qui boivent tant à la santé les uns des autres, qu'ils crevent de cette prétendue santé, sans parler des querelles que l'on nomme dans le monde Querelles d'Allemand, des batteries & des massacres qui arrivent dans le vin. Ces beuveurs, dis-je, sont certainement dans le cas de conversion déréglée du nécessaire en commode & superflu, & s'exposent à une infinité d'inconveniens contraires à leur richesse, & attachés par l'Auteur de la nature, à l'infraction de sa loy. Je dirai hardiment qu'ils sont usurpateurs du bien d'autrui. Les portions de liqueurs qu'ils prennent au-delà de leur necessaire, sont autant de portions dérobées à d'autres pour lesquels (64) le Créateur les a destinées. Cette quantité demesurée que le gouffre des beuveurs absorbe, est pire qu'une quantité de grains & de liqueurs qu'on jetteroit dans la mer, parce que cela se renfermeroit en la simple privation d'une partie du necessaire de quelques personnes, au lieu que par l'yvrognerie, la richesse de la societé souffre une atteinte bien plus considerable.
A l'égard de l'yvrogne, qui se prive d'abord du concours de plusieurs personnes à ses besoins, ausquelles il auroit pû & dû communiquer les portions qu'il a absorbées mal à propos, & qui ne lui appartenoient point, les productions de ces personnes qu'elles lui auroient prêtées en contréchange, lui auroient peutêtre procuré la concurrence (65) de vingt ou plusieurs autres, & il ne seroit pas difficile à démontrer que cette seule opération, quoique en apparence tres petite, peut aller à l'infini à l'avantage & à l'augmentation des richesses de l'yvrogne, qui s'en est privé tout d'un coup, & en même tems les a ôté à une infinité de ses concourans. La santé que l'yvrogne ruine, est encore un bien d'autrui, sur lequel il ravage. Elle appartient à la societé, elle lui tient lieu d'une des principales parties de sa richesse. Il ne sçauroit s'enpriver, sans se declarer ennemi du genre humain. Aussi par un juste contrecoup des causes secondes disposées par une sagesse admirable dans l'ordre de la nature, plus les hommes tombent dans l'yvrognerie, (66) plus ils s'éloignent de la véritable richesse, & plus ils s'approchent de la misere & de la derniere pauvreté, de sorte que nous ne voyons gueres de gens adonnez entierement à l'yvrognerie jouir d'une richesse médiocre, au contraire nous en voyons une infinité qui étant tres bien dans leurs affaires auparavant, sont devenus tres pauvres; & il n'est pas difficile d'entrevoir, pour peu d'attention qu'on y veuille apporter, comment cela arrive de degré en degré.
Previous Page