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Chapter One Part One 59-63

Together all these goods that are generally used for food, clothing, and in a word, the preservation of human life, although some use them differently from others, occupy without question the first rank among all the others on earth, because they are the necessary means for beginning our wealth and because without them, nothing else would merit being (59) called a good. Since they give and preserve life, we can say that they give life and value to all the other goods. In relation to the latter, they are like masters in relation to servants. The general desire of everyone to preserve themselves and to multiply gives them this prerogative and means that we look for and establish an infinite number of other goods to secure them. Everyone owes them his origin and his preservation; their destruction immediately leads to the destruction of all the others. The least disturbance that they suffer spreads first to all the others. But also, when they are in a fortunate situation, that is, when all the other goods act (60) as good servants, entering into alliance and harmony with them to form a single and same good together, and work towards the same end, which is to preserve and to increase the number of humans, they immediately give value and vivacity to their contributors[^1] and do in an instant what the others would never have been able to carry out by being at war with them. It is like a family or a province in which peace has been declared: the noise, the devastation, the complaints, and the fear end immediately. We only have to examine the different situations that these different goods that make up human wealth are in from time to time; we will find the truth of what I have just put forward, which I will clarify even (61) more in what follows. 

But we must always go back to the source of these different situations, which is the will of humans. Blinded by passions, they often depart from the true principle, which drives them and makes them act to increase their numbers and to preserve each other mutually, and take exactly the opposite course without understanding that their desire to make themselves masters of a large quantity of different goods will not be able to reach its goal if it does not stick to the universal principle from which the desire to get rich derives. Their blindness makes them fail to recognize true wealth; they substitute a false one in its place, which they define as the sole possession of a (62) certain quantity of goods, which turn to dust the moment they want to remove them from the reciprocal and proportional exchange destined by the Creator to preserve and to increase the number of humans. They often work in vain to convert necessities into conveniences without taking into account their original purpose and the universal law, which is that all contributors[^2] to their needs must have their proportional part of them.

 

    French Text

    Tous ces biens ensemble qui servent generalement à la nourriture, à l'habillement, & en un mot à la conservation de la vie des hommes, quoique les uns en fassent un different usage de celui des autres, occupent sans contredit le premier rang parmi tous les autres de la terre, parce qu'ils sont les moyens nécessaires pour commencer notre richesse, & parce que sans ceux là aucun autre ne meriteroit le (59) nom de bien. Comme ils donnent & conservent la vie aux hommes, on peut dire, que c'est eux qui donnent la vie & la valeur à tous les autres biens.

    Ils sont par rapport à ceux-ci comme les maîtres à l'égard des valets; l'envie génerale de tous les hommes de se conserver & de se multiplier, leur donne cette prérogative, & fait qu'on cherche & qu'on établit une infinité d'autres biens pour s'asseurer d'eux. Il n'y en a pas un qui ne leur doive son origine & sa conservation, leur destruction entraine sur le champ la destruction de tous les autres. Le moindre dérangement qu'ils souffrent se répand d'abord sur tous les autres. Mais aussi quand leur situation est heureuse, c'est-à-dire quand tous autres biens agissent (60) en bons valets, entrant en alliance & harmonie avec eux pour former ensemble un seul & même bien, travaillent à la même fin, qui est la conservation & la multiplication des hommes, aussitôt ils rendent la valeur & la vivacité à leurs concourans, & font dans un instant, ce que les autres n'auroient jamais pu effectuer étant en guerre avec eux. C'est comme dans une famille & dans une province où la paix est faite, le bruit, les ravages, les plaintes & la crainte finissent sur le champ. On n'a qu'à examiner les differentes situations dans lesquelles se trouvent de tems en tems ces differens biens qui composent les richesses des hommes, on trouvera la verité de ce que je viens d'avancer, & qui s'éclaircira encore (61) mieux dans la suite.

    Mais il faut toujours remonter à la source de ces differentes situations, qui est la volonté des hommes, lesquels sortans souvent par un aveuglement de passions du vrai principe qui les anime & qui les fait agir pour leur multiplication & pour leur conservation reciproque, prennent justement le contrepied, sans comprendre que leur envie de se rendre maîtres d'une grande quantité de differens biens ne sçauroit arriver à son but, quand elle ne se tient pas dans le principe universel, dont l'envie de s'enrichir dérive. Leur aveuglement les fait méconnoître la veritable richesse, ils en substituent une fausse en sa place, qu'ils font consister dans la seule possession d'une (62) certaine quantité de biens qui se reduisent en poussiere dans le moment qu'ils les veulent soustraire à la communication reciproque & proportionnelle, destinée par le Créateur pour la conservation & multiplication des hommes. Ils travaillent souvent en vain à convertir le nécessaire en commode, sans avoir égard à sa destination primitive & à la loy universelle, qui est que tous les concourans à leur besoins, en doivent avoir leur part proportionée.