
The result of this is an important truth with regard to the goods that people prepare to preserve life, which is, that everyone must necessarily have a quantity of them that is proportional to what they need to preserve themselves. It is not enough for them to be of a quality that is suitable for making the body perfect; it is also necessary to enjoy a sufficient quantity of them so that they produce this very necessary result. This proportion is a physical and moral necessity. Nature shows us by this ardent desire to eat and to drink to the extinction of hunger and thirst that it requires a quantity proportional to this result. And we (55) see by experience that with regard to food that is simple and suitable for all men in general, namely bread and water, nature is not misleading. On the contrary, it is often deceived and solicited, so to speak, by other foods and dishes that whet the appetite to ask for more than it needs for its preservation. And since, through several centuries of use, in most nations in the world, bread and water have been found to be the most suitable food for people, of which they cannot take too much, it follows that the necessity of having a sufficient amount of it is also moral and established by the universal law of the Creator, who with the same will that ordains their preservation (56) also ordains this proportion.
This universal proportion also includes the time the body needs to rest and everything that protects it against the cold and other inclement weather. As for the other goods that preserve life and are not as simple as bread and water, they become necessary for everyone as soon as it is found that without their use the body would become less perfect and would not be preserved. Meat, for example, game, fish, wine and beer are of such ancient use among humans that it seems these foods have become completely natural to them, and those who are deprived of them (57) become less robust and perfect. In that case, all these goods become necessary by the general principle that I have just established: everything that contributes to preserving and perfecting our bodies is necessary. Wine in countries with vineyards is the ordinary drink to which all inhabitants are regularly accustomed, and we see that its use makes their bodies lively and active and makes them more capable of work. In these countries it makes up a part of their necessities whereas in another country that is not endowed by God[^1] with this good, it is something convenient or agreeable. There are also some of these goods suitable for nourishing humans that become necessary for certain (58) individuals, because, through continual use, they have made them a part of their usual diet and would only be able to do without them to the detriment of their health. In this way, the goods become established as a necessity while, from the use others make of them, they are only considered convenient and agreeable.
French Text
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Il en résulte une verité importante à l'égard des biens que les hommes préparent pour la conservation de la vie, qui est, que de ces biens tous les hommes doivent nécessairement avoir une quantité proportionnée à leur conservation; il ne suffit pas qu'ils soient d'une qualité propre à rendre les corps parfaits, il en faut aussi jouir en suffisance, pour qu'ils produisent cet effet si nécessaire. Cette proportion est d'une nécessité phisique & morale. La nature nous montre par ce desir ardent de manger & de boire jusqu'à l'extinction de la faim & de la soif, qu'elle demande une quantité proportionnée à cet effet; & nous (55) voions par experience qu'à l'égard des nourritures simples & convenables à tous les hommes en general, sçavoir le pain & l'eau, elle n'est pas trompeuse, & qu'au contraire par d'autres nourritures & mets qui éguisent l'appetit, elle est souvent trompée & sollicitée, pour ainsi dire, de demander plus qu'il ne lui faut pour sa conservation. Et comme par l'usage de plusieurs siecles, chez la pluspart des nations du monde, le pain & l'eau ont été trouvez la nourriture la plus convenable aux hommes, & dont ils ne sçauroient trop prendre; il s'ensuit que la nécessité d'en avoir suffisament est aussi morale & établie par la loy universelle du Créateur, qui par la même volonté qui ordonne leur conservation, ordonne (56) aussi cette proportion.
Dans cette proportion universelle il est aussi compris le tems nécessaire pour le repos du corps & tout ce qui le garantit contre le froid & contre les autres injures de l'air. Pour ce qui regarde les autres biens qui servent à la conservation de la vie, & qui ne sont pas de la même simplicité que le pain & l'eau, ils deviennent aussitôt nécessaires pour tous les hommes, que l'on trouve que sans leur usage les corps deviendroient moins parfaits, & ne se conserveroient point. La viande par exemple,le gibier, le poisson, le vin & la bierre, sont d'un usage si ancien parmi les hommes, qu'il paroit que ces nourritures leur sont devenues tout-à-fait naturelles, & que ceux qui en sont privés (57) deviennent moins robustes & parfaits: alors tous ces biens entrent dans le nécessaire par le principe géneral que je viens d'établir, que tout ce qui contribue à la conservation & perfection de nos corps est nécessaire. Le vin dans les pays de vignobles est la boisson ordinaire, à laquelle regulierement tous les habitans sont accoutumez; & on voit que son usage donne une certaine vivacité & activité aux corps, & les rend plus capables du travail. Là il forme une partie de leur nécessaire, aulieu que dans un autre pays qui n'est point doué du ciel de ce bien, il tient lieu de commode ou d'agréable. Il y a encore de ces biens propres à nourrir les hommes qui deviennent nécessaires à l'égard de certains particuliers, (58) lesquels par un usage continuel sont tellement devenus leur nourriture ordinaire, qu'ils ne sçauroient s'en passer qu'au détriment de leur santé; par là ils sont érigez en nécessaire, pendant que par l'usage que d'autres en font, ils ne sont que dans le nombre du commode & de l'agréable.
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