
IV. [^1]I said that wealth is the easy enjoyment of necessary, convenient, and superfluous goods. We normally separate the things that sustain human life and make it agreeable into necessities, conveniences, and superfluities. This shows three different degrees of wealth and of the natural and common desire of all humans in this regard: everyone wishes to be as rich as possible and to enjoy necessary, convenient, and superfluous goods.
We begin with necessities, then continue with conveniences, and finish with superfluities. I should rather say that we never finish with them, because the subject is so vast and human will so enormous that it is like the great (38) ocean whose limits have never been seen. It is even difficult to determine exactly what is necessary and convenient and to say what kind of goods are included in one or the other category. The differences in temperament, age, sex, stations and conditions into which people are born give them such different ideas that it is impossible to reduce them to only one: that which seems necessary to one, and which he could not do without, seems convenient to another who would very easily do without it. Everything that does directly protect the body from cold and starvation seems superfluous to philosophers. The necessities, conveniences, and superfluities of the peasant or of all those who make up the common people (39) would not perhaps provide a hundredth of a great nobleman’s necessities: the same difference exists between him and a king. The necessities, conveniences, and superfluities of a miser are almost only money, money, and money. The ambitious man says that it is not the possession of goods alone, but the use that we make of them for honor and glory, that is worthy of man; the voluptuous man, whose only goal for happiness is the enjoyment of sensual pleasures, needs a larger quantity of goods to form his wealth because of his repetitive and continual consumption. This is the source of an infinite number of different opinions with regard to life’s needs, and consequently (40) to the degrees of wealth, in proportion to the degrees of the passions and the inclinations that govern people’s minds, since everyone is not equally miserly, ambitious, or voluptuous, and each dominant passion is usually accompanied by another.
French Text
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IV. J'ai dit que la Richesse est une jouissance aisée des biens necessaires, commodes & superflus. On divise ordinairement les choses qui soutiennent la vie de l'homme, & la rendent agréable, en nécessaires, en commodes & en superflues. Cela marque trois differens degrés de la richesse, & du desir naturel & commun de tous les hommes à cet égard: il n'y en a pas un qui ne souhaite d'être riche au suprême degré, & de jouir du necessaire, du commode & du superflu.
On commence par le nécessaire, on continue par le commode, & on finit par le superflu: il faudroit dire plûtôt que l'on n'y finit jamais, parce que l'objet est si vaste, & la volonté des hommes si demesurée, que c'est comme le grand (38) Ocean dont on n'a jamais vû les bornes. Il est même difficile de déterminer exactement le nécessaire & le commode, & de dire quelle sorte de biens sont renfermés dans l'un ou dans l'autre. La difference des tempéramens, de l'âge, du sexe ,des états & des conditions dans lesquels les hommes sont nez, leur donnent des idées si differentes qu'il est impossible de les réduire à une seule: ce qui paroit nécessaire à l'un, & dont il ne sçauroit se passer, semble commode à un autre qui s'en passeroit tres aisément. Tout ce qui ne garantit pas immédiatement le corps du froid & de la famine, paroit superflu aux Philosophes: le nécessaire, le commode & le superflu du paysan ou de tous ceux qui forment le petit peuple, (39) ne fourniroient peut être pas la centiéme partie du nécessaire d'un grand Seigneur: il y a la même difference entre lui & un Roi. Le nécessaire, le commode & le superflu d'un avare n'est presque autre chose que de l'argent, de l'argent, de l'argent; l'ambitieux dit que ce n'est pas la seule possession des biens qui est digne d'un homme, mais c'est l'emploi que nous en faisons pour l'honneur & la gloire: le voluptueux n'ayant d'autre but de felicité que la jouissance des plaisirs sensuels, il lui faut une plus grande dose de biens, pour former sa richesse, à cause des repetitions & des consommations continuelles. C'est la source d'une infinité d'opinions differentes à l'égard des besoins de la vie, & par consequent (40) des degrez de la Richesse, à proportion des degrez des passions & des inclinations qui gouvernent l'esprit des hommes, tout le monde n'étant pas également avare, ambitieux & voluptueux, & chaque passion dominante ayant pour l'ordinaire une autre pour compagne.
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