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Chapter One Part One 33-37

This story shows us that a man can be very poor and very miserable with a beautiful estate, a lot of money, and great access to credit,[^1] even though all three of these situations are commonly valued as wealth. This is because these goods become stone, mud, and nothing at all as soon as this multitude of contributors[^2] who must support it[^3] opposes the will of the owner and does not want (33) or cannot enjoy these goods. It is surprising to see that this disaster can happen to money, whose part is so great and so well established in the world that people consider it the most important of all riches and a Tutelary God. But I will show in a separate chapter that money does not merit any prerogative over other goods and that people who give it this sovereign virtue make a gross error. 

I conclude this part by repeating the maxim that I have just established: wealth is only created by its enjoyment. This enjoyment is absolutely relative and proportional to that of an infinite number of others who create this number of products (34) with which we satisfy our desires. We can only enjoy these goods insofar as and in the proportion that they enjoy or want to enjoy ours. Without this harmony and joining of their will to ours, it is absolutely impossible for any good of any kind to be able to produce wealth for us.

The greater the number of those who enjoy our goods or who have the will to enjoy them, the wealthier we are; the smaller the number becomes, the more we fall into poverty and misery: in a word, this is the great spring that gives movement to the increase or the decrease of our wealth. Although this is as clear as day, there are, (35) nevertheless, some people who have a mind so crude as to imagine that the price and the value reside in the goods they own, which alone can produce their wealth, of which they believe themselves absolute masters. There are some who become so puffed up and so insolent from owning a large quantity of goods, especially money, that they consider the rest of mankind, principally the poor, as dust and as their slaves. They are like these beautiful women who look down on the ugly ones, even though without them, they would never be valued because everyone would be beautiful. Similarly, unless someone is poor, no one is rich or everyone is. These bogus (36) rich people often pay dearly for their folly, when the mind and the will of this multitude of contributors[^4] unite against them and reduce in a moment all their goods to dust. This also happens to beautiful women when the ugly ones unite to ruin them by digging up so many things against them that this beauty, which took the place of wealth for them, suddenly loses its value. A small spark can set a house and a town ablaze; just one of our contributors[^5] can reduce our wealth to ashes and dust by causing a general revolt of all the others. And if the example I have just shown does not sufficiently convince you of this truth, you only have to open your eyes and think carefully about what happens every day. (37)

 

    French Text


    Nous voyons dans cette idée qu'un homme peut être tres pauvre & tres miserable avec une belle terre, avec beaucoup d'argent, & avec un grand credit, quoique chacune de ces trois situations soit estimée communement une richesse; c'est que ces biens se transforment en pierres, en boue & en néant dès le moment que cette foule de concourans qui la doivent faire valoir, s'oppose à la volonté du possesseur, & ne veut ou ne (33) peut pas jouir de ces biens. Il est surprenant de voir que ce desastre puisse arriver à l'argent dont le parti est si grand & si bien établi dans le monde, que les hommes le regardent comme la principale de toutes les richesses, & comme un Dieu Tutelaire. Mais je ferai voir dans un Chapitre separé, que l'argent ne merite aucune prérogative sur les autres biens, & que les hommes qui lui donnent cette vertu souveraine se trompent grossierement.

    Je conclus cet article en répetant la maxime que je viens d'établir, que rien ne forme une richesse que par sa jouissance, que cette jouissance est absolument relative & proportionnelle à celle d'une infinité d'autres, qui forment ce nombre de productions (34) avec lesquelles nous satisfaisons nos desirs: que nous ne pouvons pas jouir de ces biens qu'à mesure & à proportion qu'ils jouissent ou veuillent jouir des nôtres; que sans cette harmonie & combinaison de leur volonté avec la nôtre, il est d'une impossibilité absolue qu'aucun bien, de quelle nature qu'il soit, nous puisse produire une richesse.

    Plus le nombre est grand de ceux qui jouissent de nos biens ou qui ont la volonté d'en jouir, plus nous sommes riches; plus il devient petit, plus nous retombons dans la pauvreté & dans la misere: en un mot, c'est le grand ressort qui donne le mouvement à l'augmentation ou à la diminution de nos richesses. Quoique la chose soit claire comme le jour, il y a (35) pourtant des gens qui ont l'esprit assez grossier pour s'imaginer que le prix & la valeur résident dans les biens qu'ils possedent, & leur peuvent produire une richesse par eux-mêmes, dont ils se croient les maîtres absolus. Il y en a qui deviennent si enflez & si insolens par cette possession d'une grande quantité de biens, surtout par celle de l'argent, qu'ils regardent le reste des hommes, principalement les pauvres, comme de la poussiere & comme leurs esclaves. Ils ressemblent à ces belles qui méprisent les laides, quoique sans elles elles ne seroient jamais estimées, tout le monde étant beau. De même à moins que quel'un ne fût pauvre, personne ne seroit riche, ou tout le monde le seroit. Ces faux riches (36) payent souvent assez chere leur folie, quand l'esprit & la volonté de cette foule de concourans s'unit contre eux, & réduit dans un instant tous leurs biens en poussiere. Comme il arrive aux belles, quand les laides s'unissent à leur perte en ramassant tant de choses contre elles, que cette beauté qui leur tenoit lieu de richesse perd tout d'un coup sa valeur. Une petite étincelle peut embraser une maison & une ville, un seul de nos concourans peut réduire nos richesses en cendre & poussiere, en causant une revolte generale de tous les autres; & si l'on n'est pas assez convaincu de cette vérité par l'exemple que je viens de représenter, on n'a qu'à ouvrir les yeux, & reflechir avec attention sur ce qui se passe tous les jours. (37)