
We can generally say that it is not easy to enjoy goods that do not belong to us, and this does not deserve to be called wealth. (14) The same can be said of ill-gotten goods; we use them as if they belonged to another: either we hide them and deprive ourselves of enjoying them or we use them quickly, fearing that the true owners will want them back and they will be repossessed by the law. It is almost the same thing—as if we had never had them. Children who follow in their father’s footsteps do not become richer, because they do not inherit an easy enjoyment of these goods. This is why the Ancients very rightly said that a curse is on ill-gotten goods and that they are rarely passed down to the second generation, because God, as author of the natural order and the rules of justice that result from it, (15) only attached this easy enjoyment to goods that belong to us. The will of the usurpers of other people’s goods is hampered by the law, and they are not free to appropriate them for easy enjoyment; their conscience fights them every day and takes away the better part of the advantages and pleasures that the enjoyment of goods in this world ought to produce if it were legitimate.
The laws of the Prince and of the State have almost the same effect, especially when they[^1] originate from the laws of nature and their only purpose is the common good of all citizens, without which they[^2] are nothing more than this force majeure that overcomes a fortress under siege, a house closed up in the time of plague, and a man in prison. (16) They[^3] often quickly make the richest citizens as poor and as miserable as the people who find themselves in a situation similar to those I have just mentioned and entirely take away from them the enjoyment of their wealth, as I will explain more fully below.
French Text
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On peut dire généralement que la jouissance de tous les biens qui ne nous appartiennent point, n'est pas aisée, & ne mérite pas le nom de Richesse. (14) Il en est de même des biens mal acquis, l'on en use comme d'un bien qui est à autrui; ou l'on le cache & se prive de sa jouissance, ou on le dépense avec précipitation, de peur que les véritables proprietaires ne le redemandent, & qu'il ne soit enlevé par la justice: c'est presque la même chose, comme si on ne l'eût jamais eu. Les enfans imitans la maniere de leurs peres n'en deviennent pas plus riches, n'ayant pas hérité une jouissance aisée de ces biens. C'est pourquoi les Anciens ont dit fort judicieusement, que la malédiction est sur les biens mal acquis, & qu'ils viennent rarement au deuxiéme heritier; Dieu comme auteur de l'ordre de la nature & des regles de la justice qui en résultent, n'ayant (15) attaché cette jouissance aisée; qu'aux biens qui sont à nous. La volonté des usurpateurs des biens d'autrui est gênée par la loix, & ils n'ont pas la liberté de se les approprier par une jouissance aisée; leur conscience les combat tous les jours, & leur ôte la meilleure partie des avantages & des plaisirs que la jouissance des biens de ce monde devroit produire, si elle étoit legitime.
Les loix du Prince & de l'Etat font à peu près le même effet,surtout quand elles tirent leur origine des loix de la nature, & n'ont pour objet que le bien commun de tous les citoyens, sans quoi ils ne sont autre chose que cette force majeure qui domine sur une forteresse assiegée,sur une maison fermée du temps de la peste, & sur un homme emprisonné; (16) elles rendent souvent dans un moment les citoyens les plus riches aussi pauvres & aussi miserables que ceux qui se trouvent dans une situation semblable à celles que je viens de citer, & leur ôtent entierement la jouissance de leurs richesses, comme je l'expliquerai plus amplement ci-après.
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