
I. This wealth can be defined as the easy enjoyment of necessary, convenient, and superfluous goods for the support and the pleasures of life.
It seems to me that everyone generally agrees with this. Because if we wanted to say that wealth consists of possessing as many goods as we need to have our necessities, conveniences, and superfluities, this would not satisfy the desires of all those who seek to get rich, but who would not be rich until they have obtained the easy enjoyment of these desired goods. We can be very poor and very miserable with a great (8) fortune that cannot be easily enjoyed. A man stranded on a desert island with one or several million piastres[^1] would not be as rich as the least of the poor before us; the latter either by alms or by daily work finds the means to eat some bread and stay out of the cold, whereas the former with all his millions would be reduced to the state of wild animals who roam the woods and search for their food. This millionaire might even be less successful than the animals and die of hunger or cold. The same thing would happen to this property owner if he found himself trapped in (9) a fortress under siege or in a plague-stricken house or in a prison. In all these situations he could lack life’s greatest necessities and die of hunger or of frustration. How many times, in places under siege, have owners of great wealth died of hunger, not being able to enjoy their money or their land outside the city from lack of communication with those who had to provide food? Hasn’t the same thing happened to the wealthy trapped in their houses during times of the plague? As for those who cannot enjoy their wealth in prison, condemned to bread and water, they often die from either the bad food (10) to which they are not accustomed or the grief of remembering the wealth they were barred from enjoying. Just owning and possessing goods in all the cases I have just mentioned is as much wealth as owning stones or the mud in the street.
The money that a miser locks up in his coffers has almost the same value. His distrustful and fearful mind keeps him in a harsh prison. It shows him enemies at the door, plague in the city, starvation in the country, and every disastrous accident as if they have already happened or were about to happen. While waiting for all these misfortunes, which he expects to overcome with his money, he cuts back, so to speak, to bread and water and deprives himself of conveniences, of (11) magnificent things, and even sometimes of some necessities. But usually he is the dupe of his misconception: either he dies before any of these unfortunate accidents that he fears so much happen, without having enjoyed his so-called wealth, or, when they do happen, he cannot enjoy his wealth for the reasons I have just given.
French Text
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I. Cette richesse se peut définir une jouissance aisée des biens nécessaires, commodes & superflus pour le soutien & pour les agrémens de la vie.
Tous leshommes en tombent, ce me semble, géneralement d'accord. Car si l'on vouloit dire que la richesse consiste en la possession d'autant de biens qu'il faut pour avoir son nécessaire, son commode, & son superflu, cela ne répondroit pas aux désirs de tous ceux qui cherchent à s'enrichir, & qui ne seroient riches qu'après avoir obtenu la jouissance aisée des biens qu'ils avoient desirés. On peut être tres pauvre & tres miserable avec un grand (8) bien dans lequel ne se trouve pas la jouissance aisée. Un homme jetté par naufrage dans une Isle deserte avec un ou plusieurs millions de piastres ne seroit pas aussi riche que le moindre des miserables que nous voyons devant nos yeux; celui-ci ou par aumône ou par son travail journalier trouve de quoi manger du pain & se garantir du froid, au lieu que l'autre avec tous ses millions seroit réduit à la condition des bêtes sauvages qui courent les bois & cherchent leurs paturages; il arriveroit même que ce millionnaire en viendroit peut être encore moins à bout que les bêtes, & mourroit ou de faim ou de froid. La même chose arriveroit au possesseur dont nous avons parlé, quand il se trouveroit enfermé dans (9) une forteresse assiegée ou dans une maison pestiferée, ou dans une prison. Il pourroit dans toutes ces situations manquer du plus nécessaire de la vie, & mourir ou de faim ou de dépit. Combien de fois est-il arrivé que dans des places assiegées les possesseurs de grandes richesses sont morts de faim, n'ayant point la jouissance de leur argent ou de leurs terres hors de la ville, faute de communication avec ceux qui devoient apporter les vivres? La même chose n'est-elle pas arrivée à des riches enfermés dans leurs maisons du tems de la peste? Et pour ce qui regarde ceux qui dans une prison n'ont point la jouissance de leurs biens condamnez au pain & àl 'eau sont souvent morts, ou à cause de la mauvaise nourriture à laquelle (10) ils n'étoient pas accoutumez, ou de chagrin par le souvenir des richesses dont la jouissance leur étoit interdite. La seule proprieté & possession des biens dans tous les cas que je viens de citer, est aussi peu une richesse que les pierres ou la boue des rues.
C'est presque de même de l'argent qu'un avare tient enfermé dans son coffre. Son esprit méfiant & craintif le tient dans une rude prison. Il lui represente les ennemis à la porte, la peste dans la ville, la famine dans le payis; & tous les accidens funestes, comme s'ils étoient déja arrivez ou qu'ils fussent prêts d'arriver; dans l'attente de tous ces malheurs, qu'il pense surmonter avec son argent, il se réduit pour ainsi dire au pain & à l'eau & se prive du commode, du (11) magnifique, & même souvent d'une partie du nécessaire. Mais ordinairement il est la duppe de sa fausse idée: ou il meurt avant qu'aucun des accidens facheux qu'il craint si fort arrive, sans avoir joui de ses prétendues richesses, ou quand ils arrivent il n'en peut pas jouir, par des raisons que je viens de remarquer.
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